L’essentiel de cette messe nous vient des apôtres, donc du 1er siècle.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la messe traditionnelle, dite de St-Pie V, n’est pas de saint Pie V (1566-1572). Ce pape, dans le prolongement du concile de Trente, n’a fait que codifier ce qui existait bien avant lui.
Ainsi, l’ensemble du canon tel que nous le connaissons remonte au moins au Vème siècle. Quant au reste de l’ordinaire de la messe, bien des éléments existent ainsi dans la forme sanctionnée par saint Pie V dès le pontificat de saint Grégoire (590-604); l’essentiel des prières de l’offertoire seront ajoutées entre le IXe et le XIe siècles.
Enfin, le rite de l’élévation se répandit de façon commune après les attaques de Bérenger de Tours (998-1088) contre la présence réelle : ces différents ajouts constituèrent des enrichissements et non pas des changements radicaux.
La messe dite de St-Pie V est donc l’expression de la piété et de la foi de l’Eglise depuis les origines ; elle est le fruit de la tradition apostolique et de la contemplation du mystère de l’eucharistie par nos pères dans la foi.
La célébration de la sainte messe se déroule suivant un plan bien précis et nullement arbitraire.
La messe, dans la structure même de ses rites, comprend deux parties :
- une partie fixe, l'ordinaire de la messe, qui est la même à toutes les messes ;
- une partie variable, le propre de la messe, qui change à chaque messe.
Par ailleurs, elle comprend à chaque fois dans son déroulement, deux parties successives :
- la liturgie de la parole (appelée aussi messe des catéchumènes), partie didactique, composée principalement de lectures et de chants (après laquelle les catéchumènes dans l'antiquité quittaient l'église) ;
- la liturgie eucharistique (appelée aussi messe des fidèles), centrée sur le sacrifice de Notre Seigneur qui se renouvelle sur l'autel, et composée principalement de prières du célébrant.
L'ordinaire de la messe commence par les prières au bas de l'autel, récitées à voix basse aux messes chantées (pendant le chant d'entrée qui, lui, relève du propre) ; mais, aux messes lues, les fidèles peuvent s'unir à ces prières préparatoires au bas de l'autel en répondant au célébrant, se préparant ainsi à participer dignement au sacrifice du Seigneur. Il se continue par le chant du Kyrie, qui est une prière suppliante, et du Gloria in excelsis Deo qui est un hymne de louange. Après les lectures et les chants du propre, le Credo, chanté (ou récité) les dimanches et aux grandes fêtes, termine la première partie de la messe.
La deuxième partie commence par l'offertoire, préparation du saint sacrifice, au cours duquel le pain et le vin sont offerts à Dieu comme matières du sacrifice. La préface, qui varie suivant les fêtes et les temps liturgiques, et se termine toujours par le chant du Sanctus, nous unissant au chœur des anges, introduit le canon, partie centrale de la messe, au cours de laquelle le prêtre, agissant in persona Christi, prononce sur le pain et le vin les paroles consécratoires par lesquelles s'opère la transsubstantiation : ce sont désormais le corps et le sang du Christ qui sont réellement présents sur l'autel.
Avec le chant du Pater, et du triple Agnus Dei, commence le rite de la communion, qui est partie intégrante de la messe ; il convient que non seulement le prêtre mais aussi les assistants, à condition qu'ils soient en état de grâce, communient à la victime du sacrifice. La messe s'achève par l'Ite missa est (envoi en mission), et par la bénédiction que le prêtre donne au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Quant au propre de la messe, il comprend des lectures, des chants et des oraisons :
- les lectures de l'épitre et de l'évangile, tirées de la sainte Ecriture, se placent dans la première partie didactique de la messe ; elles peuvent être commentées par l'homélie qui a pour but d'aider les fidèles à tirer un profit spirituel des lectures de la messe ; dans la liturgie, les paroles sont fixées par l'Eglise, et on ne doit pas en changer un seul mot, tandis que dans l'homélie le prêtre donne son enseignement aux fidèles, enseignement qui doit être conforme à la doctrine catholique ;
- les chants du propre comprennent : l'Introït (ou Chant d'entrée), qui accompagne la procession d'entrée du célébrant ; le graduel et l'Alléluia, chants de méditation que l'on chante entre les lectures ; l'offertoire, qui accompagnait primitivement la procession des offrandes ; enfin la communion qui accompagne la distribution de la communion aux fidèles ;
Enfin le propre de la messe comporte trois oraisons, prières chantées ou récitées par le célébrant : la collecte, qui conclut les rites introductifs, avant les lectures ; la secrète qui conclut les rites de l'offertoire ; enfin la post-communion, prière d'actions de grâces qui conclut les rites de la communion.
Pourquoi la messe est-elle dite en latin ?
Le latin qui est une langue fixée (et non une langue morte) est comme la langue maternelle de tous les fidèles de l'Eglise d'Occident. Il vaut mieux éviter de dire du latin qu'il est une langue sacrée comme l'entendaient les païens, c'est-à-dire une langue énigmatique, inaccessible par principe au profane. D'ailleurs, l'Eglise encourage les fidèles à connaître le latin liturgique, ne serait-ce que de façon rudimentaire : répondre au Dominus vobiscum ou à per omnia sæcula sæculorum ne demande pas des études très poussées. Le missel permet pour le reste de suivre avec la traduction l'ensemble des prières de la liturgie.
Par lui-même, le latin est d'abord un facteur d'unité :
- unité dans la foi : les formules dogmatiques ont été fixées en latin, ce qui leur a évité tout glissement de sens. Une langue vulgaire au contraire, par son inévitable évolution, favoriserait au fil du temps le changement de la foi. On sait que certaines expressions, fixées au prix de mille difficultés, y compris au prix du sang des martyrs, se traduisent difficilement ; en le faisant on risquerait d'arriver à des faux sens ; ainsi consubstantialem Patri traduit par de même nature que le Père. Cette vague approximation équivaut dans l'esprit d'un grand nombre à une grave erreur ;
- unité dans le temps, en nous reliant aux expressions de piété de l'Eglise primitive ;
- unité dans l'espace, puisque des peuples de langues différentes peuvent s'unir dans la même louange.
Enfin, de par son rythme vocal, le chant grégorien, qui est le chant propre de l'Eglise, est lié à la langue latine. Faire disparaître entièrement le latin reviendrait à renoncer au grégorien.
Le chant grégorien semble avoir une place prépondérante; qu'est-ce que c'est ?
Le chant grégorien fait référence à un Pape, St Grégoire le Grand, qui gouverna l'Eglise à la frontière entre les VIe et VIIe siècles (de 590 à 604) : ces quelques années de pontificat furent extrêmement fécondes à divers points de vue, spécialement pour tout ce qui concerne la liturgie.
On donne plus précisément le nom de grégorien à un répertoire contenu dans un recueil du VIIe siècle, l'Antiphonaire grégorien. Mais les premiers manuscrits comportant des signes musicaux explicites ne datent, eux, que du IXe siècle (donc, près de trois siècles après le Pape Grégoire le Grand). Aussi Ies paléographes ont-ils tendance à définir le grégorien (en tant que répertoire bien caractérisé) plutôt comme le produit de la fusion, vers cette époque, d'un vieux chant dit romain et du chant dit gallican (pratiqué en Gaule, plus précisément dans le Nord-Est de la France actuelle). On semble là bien loin de la personne du Pape Grégoire. Mais il en va du grégorien un peu comme du Code Napoléon : l'empereur donna son nom au premier Code civil, qui forma comme le canevas et donna sa logique juridique à la masse des documents postérireurs, intégrés à l'ouvrage sans lui ôter son nom de Code Napoléon. On doit à St Grégoire une activité musicale, une organisation liturgique à laquelle, d'une façon analogue, se sont intégrés les siècles suivants. L'activité musicale et liturgique fut intense par la suite, surtout en certains lieux et à certains moments, mais elle s'est volontiers mise dans le rang de l'organisation grégorienne et sous son étiquette.
On pourrait aussi user de l'analogie de l'appellation contrôlée. En bénéficie ici un répertoire de chant liturgique en latin formant un tout cohérent et bénéficiant de l'appellation chant propre de la liturgie romaine que lui ont donné les Papes du XXe siècle et le concile Vatican II.
En résumé, on peut dire que le chant grégorien, c'est le chant propre de la liturgie latine, depuis les siècles passés jusqu'à maintenant, marqué par le Pape Grégoire d'une façon décisive.
C'est un acte de reconnaissance pour le rôle que ce Pape a joué dans la prière chantée officielle de l'Eglise latine.

